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LES GÉNÉRAUX DE LA RÉPUBLIQUE

ciers vexait l’autorité civile, il lui écrivit ces grandes paroles, qui sont un de ses titres, et qu’on eût pu écrire sur son tombeau : « Fils aînés de la Révolution, nous abhorrons nous-mêmes le gouvernement militaire. » Et il destitua l’officier.

Ce n’étaient pas des protestations vaines. Dans les vastes contrées entre Rhin et Moselle qu’il gouverna un moment, il se hâta de limiter son autorité, de supprimer le gouvernement militaire et d’organiser un pouvoir civil indépendant du général.

Forcé de lever des contributions, il les levait par les magistrats du pays, les faisait ainsi juges eux-mêmes et de la nécessité et de la juste mesure où ces contributions de guerre remplaçaient les anciens impôts, en laissant un grand bienfait, la justice égale, la suppression des privilèges.

Ainsi firent Kléber, Marceau, Desaix, cette grande armée du Rhin, l’honneur éternel de la France. Privée de tout en 93, l’hiver, et mourant de faim, elle fusilla un soldat qui avait pillé.

Cet esprit d’abstinence et de ménagement pour les peuples avait souvent fait adorer les nôtres. Exemple : Marceau, Desaix, Championnet, libérateur de Naples.

Excepté Pichegru en Hollande, tous furent fidèles à cet esprit, surtout par zèle de propagande républicaine, considérant la guerre comme un apostolat de la liberté. Dugommier, dans l’aride dénuement des Pyrénées, Masséna et Schérer, dans les Apennins décharnés de Gênes, subirent d’affreuses privations pour ne pas changer de système, pour ne pas décourager l’éveil de la pensée républicaine qui se faisait en Italie. Ils ne demandaient qu’à la France. Schérer,