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LES GÉNÉRAUX DE LA RÉPUBLIQUE

cœur ces deux héros ; On le voit dans les notes de Kléber, qu’il écrivait, le soir, après les marches et les combats du jour.

Quand on lit ces notes touchantes, quand on lit les lettres humaines, profondément humaines, qu’écrivent Hoche, Desaix et Marceau, on pense aux notes de Vauban, même à celles que Marc-Aurèle écrit dans les forêts de Pannonie, dans la guerre des Barbares.

Marceau écrit à sa sœur : « Ne parle pas de mes lauriers ; ils sont trempés de sang humain ! »

Ce mot semble se lire dans la belle gravure qui représente Marceau sous Coblentz, sa gloire et sa conquête, c’est-à-dire bien près de sa fin. Ses rudes soldats apparaissent, à travers le brouillard du Rhin, le long des retranchements. Le héros, amaigri par l’excès des fatigues, est svelte et un peu grêle ; dans ses yeux doux, tristes et sauvages, on sent un cœur bien atteint ; il a quelque chose de fantasmagorique ; il fait l’effet d’une ombre, comme celui qui a trop vu les morts et qui leur appartiendra bientôt.

En écrivant ces légendes, je les avais ainsi toutes autour de moi, ces touchantes images des fils légitimes de la République, de ses grands défenseurs, qui, nés d’elle, moururent avec elle (Marceau, Hoche, Kléber, Desaix). Médiocres portraits, mais ressemblants ; naïves, imparfaites images, dessinées à la hâte par des amis ardents qui tremblaient de les perdre, et d’avance volaient à la mort une ombre de ces hommes adorés.

Le soir, lorsque le jour avait baissé sans disparaître encore, je posais la plume et marchais en long, en large, au milieu d’eux. Leurs images pâlies me