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LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

Elle voulait bien partir, mais avec lui, ne pas laisser à lui-même un homme si incertain ; le nom du roi était son arme pour commencer la guerre civile. Saint-Priest, vers sept heures, apprit que M. de La Fayette, entraîné par la garde nationale, marchait sur Versailles. « Il faut partir sur-le-champ, dit-il. Le roi, en tête des troupes, passera sans difficulté. » Mais il était impossible de le décider à rien. Il croyait (et bien à tort) que, lui parti, l’Assemblée ferait roi le duc d’Orléans. Il répugnait aussi à fuir, il se promenait à grands pas, répétant de temps en temps « Un roi fugitif ! Un roi fugitif ! » La reine cependant insistant pour le départ, l’ordre fut donné pour les voitures. Déjà il n’était plus temps.

Un milicien de Paris, qu’une troupe de femmes avait pris, malgré lui, pour chef, et qui, exalté par la route, s’était trouvé à Versailles plus ardent que tous les autres, se hasarda à passer derrière les gardes du corps ; là, voyant la grille fermée, il aboyait, après le factionnaire placé au dedans, et le menaçait de sa baïonnette. Un lieutenant des gardes et deux autres tirent le sabre, se mettent au galop, commencent à lui donner la chasse. L’homme fuit à toutes jambes, veut gagner une baraque, heurte un tonneau, tombe, toujours criant au secours. Le cavalier l’atteignait, quand les gardes nationaux de Versailles ne purent plus se contenir ; l’un d’eux, un marchand de vins, sort des rangs, le couche en joue, le tire, et l’arrête net ; il avait cassé le bras qui tenait le sabre levé.

D’Estaing, le commandant de cette garde natio-