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HOCHE

toujours vécu sous le soleil, respiré toujours le grand air libre des batailles, déployé en tout temps une si terrible activité !

Cette vaste et sinistre maison des Carmes, sinistre par ses souvenirs, était alors pleine de femmes, la plupart charmantes. On y montre une chambre longue et profonde, très étroite, de vingt pieds sur quatre, où se trouvaient entassées les trois grandes dames les plus gracieuses et les plus jolies de Paris, la Cabarrus, la Beauharnais et une autre. On se voyait à travers les grilles de la prison.

Il ne pouvait exister aucun lieu plus dangereux pour un homme d’action que les prisons de la Terreur. La mort n’y était pas seule à craindre, mais pour peu qu’on y séjournât, une autre mort l’énervation physique et morale. Elles étaient excessivement malsaines en tous sens, ces prisons. Hoche devait y rencontrer les seuls écueils où pût heurter sa vertu républicaine, l’amour et la mollo pitié. Les dames de la cour étaient là cent fois plus dangereuses qu’elles ne l’eussent été à Versailles. Leur coquetterie, leur esprit d’intrigue, leur corruption, n’apparaissaient plus ; on voyait des femmes souffrantes, inquiètes, qui avaient besoin d’un ami pour se rassurer. On disputait peu son cœur à celle qui, peut-être, devait mourir demain.

Hoche fut transféré bientôt à la Conciergerie. Il y resta quatre mois. Il lisait les moralistes, Sénèque et Montaigne, les ingénieux panégyristes de la mort. Lui-même écrivait des portraits de mœurs et des caractères. Aux livres de ces beaux esprits, il comparait la réalité vivante, tous ces gens qui, riant, pleurant,