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LES GUETTES DE DÉLIVRANCE

Voilà L’origine réelle de la guerre moderne. Il n’y eut là d’abord ni art ni système. Elle sortit du cœur de la France, de sa sociabilité. Les tacticiens ici n’auraient jamais trouvé la tactique ; ce n’était point du calcul. Des chefs inspirés le virent et en profitèrent ; leur gloire, c’est de l’avoir vu.

Ils ne l’auraient pas vu sans doute s’ils n’avaient eu en eux-mêmes l’étincelle de ces grandes foules. Ils l’eurent parce qu’ils en sortaient.

Dumouriez, lui, ne se douta nullement de l’instrument qu’il employait. Il ne connut pas la guerre nouvelle, la guerre d’ensemble et par masses, qui donna cette terrible unité de mouvements aux armées de la liberté. Les généraux monarchistes ne pouvaient pas comprendre ce sublime et profond mystère de la solidarité moderne, des vastes guerres d’amitié.

La beauté de ce moment, c’est que l’âme de la France y fut toute assise en la foi, qu’elle se mit au-dessus des raisonnements, des petits calculs, qu’elle laissa La Fayette et autres se traîner dans la logique et dans la prose, s’enquérir inquiètement du possible et du raisonnable.

Oui, la guerre était absurde dans les seules données qu’on avait quand elle commença. Pour la faire, il fallait une foi immense, croire à la force contagieuse du principe proclamé par la France, à la victoire infaillible de la justice ; croire aussi que, dans l’immensité du mouvement où la nation tout entière se précipitait, tous les obstacles intérieurs, les petites malveillances, les essais de trahison se trouveraient neutralisés, et qu’il n’y aurait pas de