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LES SOLDATS DE LA RÉVOLUTION

Quand les Français, après la bataille de Valmy, virent passer par charrettes les Prussiens malades, pâles de faim et de fièvre, brisés par la dysenterie, ils s’arrêtèrent court, les laissèrent s’en aller. Ceux qu’ils prirent, ce fut pour les soigner dans les hôpitaux français. À Strasbourg, soldats et bourgeois traitèrent les prisonniers comme des frères ; on partagea le pain et les provisions avec eux ; on emplit leurs poches de journaux et de brochures patriotiques, et quand ils partirent, on fit une contribution générale pour leur acheter du tabac. Les nôtres cependant n’avaient pas même de souliers.

Les cœurs de ces prisonniers furent aussitôt conquis. Ils demandèrent du papier, de l’encre, et écrivirent en Allemagne que le Rhin n’existait plus, qu’il n’y avait ni France ni Allemagne, mais que tous étaient des frères et qu’il ne fallait plus qu’une nation au monde.

La Révolution avait conscience qu’elle apportait à l’Europe la délivrance, et l’Europe avait conscience qu’elle la recevait.

La Convention avait dressé, le 21 septembre, au pavillon des Tuileries, le drapeau de la République. Deux mois n’étaient pas écoulés, et tous les peuples environnants l’avaient embrassé, ce drapeau, l’avaient planté sur les tours de leurs villes.

Le 25 et le 29 septembre, Chambéry, Nice, ouvrent leurs portes, la porte de l’Italie. Mayence, le 24 octobre, reçoit nos armées aux applaudissements de l’Allemagne. Le 14 novembre, le drapeau tricolore est arboré sur Bruxelles ; l’Angleterre et la Hollande le voient avec terreur flotter à la tour d’Anvers.