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LES SOLDATS DE LA RÉVOLUTION

pli par l’armée, le refit hilote et machine, recommença pour elle les servitudes militaires.

Mot cruel dont à peine on peut mesurer la portée. Il couvre tout un monde de douleurs ignorées, un abîme inconnu. Quand pourrai-je trouver un livre qui réalise ce grand titre : Les servitudes militaires. (ce sujet entrevu, manqué par de Vigny) ? Qui me dira bien ce que pense l’armée, ce grand muet dont la voix est si étouffée ? Les suicides fréquents en font transpirer quelque chose. On devine l’ennui d’un si terrible vide, ou l’idée est proscrite, la personnalité anéantie.

La nostalgie profonde, le regret du pays, de la famille est le trait ordinaire de ce dur hilotisme. Je le lis au visage de ces jeunes soldats qui traînent aux rues désertes près de mon Luxembourg. Le foyer, les parents leur sont présents, les suivent de caserne en caserne, de garnison en garnison.

Hélas ! et qu’est-ce donc quand la discipline commande de tirer sur ce peuple où leur père est peut-être ? Horrible effort ! Chassin le notait l’autre jour avec beaucoup de cœur. Quel regret, quel remords après ces actes parricides !

Se souvient-on assez que la Révolution commença, en 89, par un régiment (Châteauvieux), qui, pour rien au monde, ne put faire cette chose abominable, et resta aux Champs-Élysées pendant qu’on prenait la Bastille ? Grand souvenir ! En 91, un mouvement immense se fit pour les soldats condamnés, enchaînés ; un triomphe inouï. Ils furent portés sur le cœur de la France.

Qui peut faire la distinction impie de l’armée et