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APPENDICE

sement que fort peu de ces écrits. Dans une lettre datée de la Vendée (1795), il manifeste son chagrin d’avoir perdu le meilleur de son âme, la plus grande partie de ses papiers. Papiers précieux qui nous eussent révélé les secrets des partis, ses jugements sur les hommes, etc. D’après des renseignements fournis par la respectable veuve de Hoche, il avait, dans sa première campagne sur le Rhin, perdu déjà ses fourgons ; son beau-frère Delabelle, en allant en Italie, perdit encore une partie de ce que Hoche lui avait confié ; après sa mort, Lefebvre porta ce qui restait à Bonaparte, qui ne manqua pas de détruire tout ce qui aurait pu lui nuire dans l’opinion.

Il reste du moins de Hoche un assez grand nombre de lettres. Nous en donnons ici quelques fragments. Les lettres de Vendée sont des plus intéressantes. Il écrit lui-même, n’ayant pas, comme Napoléon, un Champagny pour lui tenir la plume. Ces lettres originales ont le grand mérite de nous donner bien des traits de caractère de celui qui croit peindre les autres et se peint lui-même dans la forme variée de sa correspondance.

Ce qui domine partout, dans ces lettres comme dans sa vie, ce qui gardera à cette mâle figure une éternelle auréole, c’est ce profond sentiment d’humanité et de justice que nous avons déjà signalé. Au milieu de cette affreuse guerre civile, on sent qu’un mot de pitié est toujours prêt à jaillir de sa plume en faveur des royalistes, même coupables. Il veut voir en eux des âmes égarées qu’il serait facile de ramener par la douceur.

En toute circonstance, il s’efface, il s’oublie. Il n’écrit pas pour parler de lui, se dresser un piédestal. Il aime à parier des autres, à les faire valoir ; il prend plaisir à raconter leurs belles actions. En voici un exemple qui mérite d’être cité. La lettre est adressée à un ami, au citoyen Augier.


« 18 fructidor an II.

« Lorsque soi-même on ne peut servir de modèle à ses jeunes concitoyens, qu’il est doux d’être à portée de leur citer les actions héroïques de notre siècle !

« J’ai eu le plaisir d’embrasser Cabien et de lui donner à diner. Tu connais sans doute l’anecdote et les détails. J’ajouterai seulement quelques faits sur l’homme, son physique et son