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THÉROIGNE DE MÉRICOURT

point de vue qui dominait alors l’imitation farouche des républicains de l’Antiquité, elle devait frapper l’ennemi public, quoiqu’il fût son ennemi. Un commissaire, monté sur un tréteau, essayait de calmer la foule ; Théroigne le renversa, le remplaça, parla contre Suleau. Deux cents hommes de garde nationale défendaient les prisonniers ; on obtint de la section un ordre de cesser toute résistance. Appelés un à un, ils furent égorgés par la foule. Suleau montra, dit-on, beaucoup de courage, arracha un sabre aux égorgeurs, essaya de se faire jour. Pour mieux orner le récit, on suppose que la virago (petite et fort délicate, malgré son ardente énergie) aurait sabré de sa main cet homme de grande taille, d’une vigueur et d’une force décuplées par le désespoir. D’autres disent que ce fut le Garde-française qui donnait le bras à Théroigne qui porta le premier coup.

Sa participation au 10 août, la couronne que lui décernèrent les Marseillais vainqueurs, avaient resserré ses liens avec les Girondins, amis de ces Marseillais et qui les avaient fait venir. Elle s’attacha encore plus à eux par leur horreur commune pour les massacres de Septembre, qu’elle flétrit énergiquement. Dès avril 92, elle avait violemment rompu avec Robespierre, disant fièrement dans un café que, s’il calomniait sans preuves, « elle lui retirait son estime ». La chose, contée le soir ironiquement par Collot d’Herbois aux Jacobins, jeta l’amazone dans un amusant accès de fureur. Elle était dans une tribune, au milieu des dévotes de Robespierre. Malgré les efforts qu’on faisait, pour la retenir, elle