Page:Mickiewicz - Les Slaves, tome 1.djvu/101

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contrent le plus de contes populaires ; ces contrées sont la terre slave.

Je vous ai tracé les caractères généraux de cette littérature fossile ; le fond en est infini, la forme bizarre et monstrueuse. Jusqu’ici les investigations de l’art et de la science l’ont respectée ; mais le temps est venu où la critique va enfin s’en emparer pour l’analyser, où, de littérature traditionnelle qu’elle est encore, elle va devenir littérature écrite. Je la compare à cette eau souterraine dont l’existence soupçonnée de tous est si longtemps demeurée inaccessible ; c’est seulement de nos jours que la mécanique, pénétrant jusqu’à sa source invisible, est parvenue à la faire jaillir à la surface de la terre.

Le conte populaire, dans ses modifications successives, a produit plusieurs genres de littérature. Il est la source de l’apologue et d’une sorte d’épopée qu’on pourrait appeler épopée animale. Cependant, la haute poésie, l’élévation morale de l’apologue antique a peu à peu disparu avec le temps. L’épopée, dont les héros et les acteurs sont des animaux, a été traitée par les écrivains du moyen âge et par ceux de l’Allemagne actuelle ; mais ils en ont complètement changé le caractère primitif. Les poëtes de l’Occident lui ont prêté leur esprit sceptique et railleur ; on a reproché à Goëthe d’avoir, dans son épopée du Renard, plutôt pris pour modèles les romans du moyen âge que les traditions populaires. Il y a donc cette différence entre le monde fossile organique et le monde fossile littéraire, que le premier a cessé d’exister tandis que l’autre a conservé la vie et le mouvement.