Page:Mickiewicz - Les Slaves, tome 1.djvu/165

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Othon iii, homme pieux et bon, qui connaissait personnellement et aimait saint Adalbert, étant alors en guerre avec la Pologne, conclut exprès un traité pour faire un pèlerinage et honorer les reliques de son saint ami. Il arriva en grande pompe à Posen, et de là, pieds nus, il marcha jusqu’à Gniezen. Reçu généreusement par Boleslas, il ôta de sa tête la couronne impériale, et, la déposant sur celle de Boleslas, il le proclama roi, car le souverain polonais n’avait encore que le titre de duc. La Pologne commença dès lors à être regardée comme un royaume chrétien. Othon, avec le titre de roi, accorda encore à Boleslas de grands privilèges politiques et religieux. Il lui donna le droit d’instituer des évêchés et d’administrer son Église, droit que les papes accordaient difficilement aux empereurs eux-mêmes.

C’est ainsi que le foyer religieux de l’empire polonais, qui était auparavant en Allemagne, à Magdebourg, fut transporté dans l’intérieur du pays ; la Pologne trouva en même temps un centre politique, en acquérant un centre religieux, car, à cette époque, la capitale religieuse réunissait en elle tous les éléments nationaux. Ainsi saint Adalbert a donné à la Pologne une couronne royale et lui a tracé le vrai chemin des conquêtes à tenter dans l’avenir. Il nous a laissé, en outre, comme souvenir, un monument poétique qui existe encore aujourd’hui. Les Polonais et les Bohêmes n’ont pas de morceau littéraire plus ancien dont on connaisse l’auteur. C’est un chant de guerre composé par le saint lui-même ; ce chant, les Polonais l’ont entonné dans leurs batailles jusqu’au