Page:Mickiewicz - Les Slaves, tome 1.djvu/33

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aucune ressemblance avec les Mongols. Tandis que ceux-ci sont privés de tout sentiment religieux, les Turcs, eux, se distinguent par un tempérament ardent et prompt au fanatisme. L’esprit des Mongols est froid ; le leur est doué d’une imagination vive. Plutôt passive qu’active, cette imagination n’enfante pas d’œuvres originales, mais elle s’approprie, elle imite volontiers les produits de la poésie et de l’art étranger. Les Mongols ne comptent pas un poête, pas un artiste ; en fait d’arts, ils n’ont créé qu’un seul genre d’architecture : je parle de ces tours construites de chaux et d’hommes vivants ou de têtes coupées. Les Turcs ne se sont jamais montrés si cruels ; ils ne combattaient ordinairement que dans un esprit de prosélytisme religieux ; ils mettaient leur bonheur dans la domination et les jouissances, mais jamais dans la destruction. On demandait un jour, dans le Conseil des sages Mongols, en quoi consistait la félicité terrestre, le monarque répondit que c’était à vaincre son ennemi, à déshonorer sa femme, à égorger ses enfants. Et le Conseil applaudit, car c’était là une idée nationale.

Le Turc chérit le repos ; il aime à s’enfoncer dans une douce rêverie. Il exprime cet état où il se complait par des mots intraduisibles, qui ressemblent au far niente des peuples méridionaux. Le Turc est avide de conquêtes, de richesses, de pillage ; mais il ne s’est jamais montré aussi habile que le Mongol à tirer parti des inventions de la civilisation qu’il trouvait chez les peuples vaincus. Il déteste l’étranger, et cette haine lui fait dédaigner ce qu’il y a d’utile chez