Page:Mickiewicz - Les Slaves, tome 1.djvu/48

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que celle de Xérès de la Frontera dans la poésie espagnole. Malheureusement les Serviens n’ont point eu leur Tolosa !

Je ne parle ici que de la haute poésie nationale, de la poésie épique ; quant aux autres genres de poésie, comme le chant lyrique, la romance, l’élégie, ils n’ont jamais cessé de fleurir dans ces pays. Jusqu’à ce jour les Illyriens et les Monténégrins chantent non seulement des hymnes religieux, des chansons d’amour ; mais ils composent des morceaux épiques sur les hauts faits de leurs ancêtres et sur leurs propres exploits. Mais une poésie qui ne parle que de la gloire de telle ou telle tribu, de telle ou telle famille, ne mérite pas le nom de poéde nationale ; car elle n’intéresse ni la cause de la chrétienté ni celle de la race slave.

Ainsi, la littérature, une littérature de famille et de tribu, est restée populaire, dans la propre acception du mot. Elle réside tout entière dans la bouche des rapsodes. On peut dire, avec le poëte Kollar, que si dans les autres contrées ce sont les littérateurs qui chantent pour le peuple, de ce côté du Danube, c’est le peuple qui chante pour les littérateurs.

Plus loin, à l’occident des pays qui nous occupent, se trouve la Bohème. De toutes parts, environnée de montagnes, elle se présente sous la forme, d’un carré presque régulier. C’est un plateau ou plutôt une vallée d’à peu près deux mille lieues de superficie, habitée par une population d’environ quatre millions d’âmes. L’accès difficile de la Bohême l’a protégée contre les migrations des peuples nomades. Les Barbares qui marchaient vers le midi de l’Europe ne faisaient pres-