Page:Mickiewicz - Les Slaves, tome 1.djvu/52

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tions romaines sous la tutelle de l’Église catholique, a appris à se gouverner et à gouverner. Or, les Bohêmes ne possédant pas cette force ne purent résister à une crise aussi violente. Leur nationalité est restée victime de leur faiblesse ; le vainqueur a poursuivi avec acharnement leur littérature comme imprégnée d’un dogme dangereux, comme étant le dernier asile de la résistance et de la rébellion.

Pendant deux siècles, l’Autriche a fait détruire en Bohême tous les monuments de l’ancienne littérature. Mais peu à peu la lutte s’étant affaiblie et presque terminée dans l’oubli ; les Bohêmes ayant prouvé, en plus d’une circonstance, leur dévouement à la maison d’Autriche, le gouvernement les a protégés et encouragés dans leurs modernes tentatives littéraires. C’est un phénomène curieux et digne d’être médité, que cet esprit bohême cherchant si longtemps, sans pouvoir la trouver, sa route vers l’avenir, et qui, après ètre retombé dans une longue léthargie, semble précisément en ces derniers temps se réveiller et se rendre enfin compte de sa mission.

Leur point d’appui une fois trouvé, les Bohêmes ont conquis au milieu des peuples slaves une place qui ne leur sera disputée par personne. Les savants de la Bohème, ces savants depuis longtemps éloignés des affaires politiques, ayant reconnu la stérilité des luttes théologiques, se sont repliés sur eux-mêmes : ils ont commencé à étudier le passé politique et littéraire. C’est là qu’ils cherchent le lien capable de réunir tous les Slaves en une seule communauté ; cette étude du passé, il faut le reconnaître, ils