Page:Mickiewicz - Les Slaves, tome 1.djvu/53

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l’ont entreprise avec un enthousiasme tout religieux.

Les savants bohêmes ne ressemblent pas aux antiquaires des autres pays ; ils sont, pour ainsi dire, les apôtres de la nationalité ; ils travaillent comme les moines de Saint-Benoît, de Saint-Maur, et se résignent souvent aux mêmes privations, aux mêmes misères. Il y a de la poésie dans leurs recherches, dans leurs voyages. Un esprit à la fois curieux et poétique anime leur entreprise. L’homme qui ouvre cette carrière de la science slave, Dobrowski, parcourut, comme Hérodote, tous les pays dont il avait à parler, Pétersbourg, Moscou, Varsovie ; il prolongea ses investigations jusqu’à travers les colonies slaves qui vivent de l’autre côté des Alpes.

Ses successeurs et ses imitateurs ont agi avec la même force, dans la même direction. Ils se servent de tous les moyens pour atteindre leur but ; ils écrivent toutes les langues, le latin, l’allemand, le polonais, le français quelquefois. Profitant de leur position centrale au sein des peuples slaves, ils s’efForcent de les rapprocher, de les faire connaître les uns aux autres. Ils traduisent la poésie polonaise pour les Serviens, ils traduisent les monuments serviens pour l’Allemagne ; en même temps, ils cherchent à recueillir ces monuments et a les publier en latin pour l’Europe civilisée.

Nous avons laissé deux grandes littératures slaves, la littérature des Polonais et celle des Russes, en hostilité ouverte. L’écrivain russe se défie de l’écrivain polonais ; de son côté, le littérateur polonais se méfie du Iittérateur russe, mais tous deux s’appro-