Page:Mickiewicz - Les Slaves, tome 1.djvu/82

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semant devant eux de petites colonies dans toutes les directions. Souvent foulés aux pieds des hordes nomades et guerrières, ils se relevaient poursuivant toujours leur marche, mais ne pouvant arriver à se constituer en empire, en unité politique. Les colonies tentaient séparément de repousser l’ennemi ; mais aussi, séparément vaincues, elles n’ont jamais pu défendre leur indépendance. C’est une erreur de prétendre qu’avant l’établissement du christianisme, les contrées du nord n’étaient qu’un vaste désert ; nous avons la preuve du · contraire ; on y a trouvé les traces de la plus antique culture. Les tribus nomades de l’Oural, du Caucase et de la Scandinavie, ne vivaient qu’aux dépens de ces paisibles cultivateurs. Sans cesse écrasés, les Slaves sont longtemps restés inconnus aux nations civilisées ; car leurs terres changeaient de nom en changeant de maîtres. Si leur religion ne possédait pas de dogme susceptible de produire une grande unité politique, elle avait du moins tous les principes nécessaires à la création d’un ordre privé durable, d’une société garantissant la petite propriété communale et le développement de la vie domestique.

Ces peuples se livraient, dès les temps les plus reculés, à la culture du blé. Le nom même du blé gito, qui chez les Grecs s’appelait σιτος, est d’origine slave. La tradition grecque prétend que la culture du blé est venue du Nord. Les Slaves connaissaient la manière de faire la toile, le drap, les instruments d’agriculture, enfin tout ce qui concerne la vie agricole. Le philosophe Herder dit, en parlant de cette race, qu’elle était la bénédiction de la terre qui fleurissait