Page:Mickiewicz - Les Slaves, tome 1.djvu/96

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slaves l’entendent journellement raconter à leurs nourrices. Il nous suffira d’en citer ici un exemple. Nous rencontrons dans Pline le passage suivant : « La terre produit des poisons et refuse un asile au serpent coupable. » Bien que le style de ce naturaliste rhéteur ne soit pas, en général, d’une intelligence facile, cet endroit surtout me paraît obscur et inexplicable, et je ne vois que la tradition slave qui puisse lui servir de commentaire. Le peuple croit que le serpent qui a mordu l’homme ne peut plus rentrer dans son gîte, qu’il est condamné à errer jusqu’à ce qu’il soit écrasé. On pourrait trouver dans nos récits populaires bien des commentaires pareils, bien des observations curieuses ; mais ce qui est beaucoup plus important, c’est qu’on y rencontre à chaque pas des vestiges historiques de l’origine et des migrations de la race slave, et quelquefois même des allusions mythiques aux destinées futures de cette nation. Les Slaves parlent des animaux de l’Asie qu’ils n’ont jamais vus, et se les représentent sous leurs formes vraies, sous leur vraie nature ; leur langue possède les mots d’éléphant, de lion, de dromadaire, etc. D’où ces mots leur seraient-ils venus, si leurs souvenirs ne remontaient à des temps antérieurs à leur migration vers l’Europe ? La tradition parle encore de pays éloignés, au-delà des mers, sous un ciel brûlant ou coulent des fleuves de vie et d’immortalité ; elle nous montre des héros slaves entreprenant des expéditions lointaines pour trouver cette eau merveilleuse ; ils combattent des griffons, ils rencontrent sonvent le phénix, l’oiseau préposé à la garde des châteaux y enchantés.