Page:Mieille — L'espéranto, Sa Situation actuelle, Son Avenir, 1903.pdf/11

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d’accord avec nous sur la nécessité, sur l’indispensabilité d’une langue internationale.

Il est de fait, et nous avons beau protester, nier ou discutailler, il est de fait, dis-je, que le monde s’internationalise de plus en plus. La vapeur d’abord, l’électricité ensuite, le téléphone et le télégraphe, l’automobile aujourd’hui, le ballon dirigeable demain, ont transformé du tout au tout les relations internationales.

Les peuples ont beau s’armer jusques aux dents, comme des brigands d’opérette, et se regarder en chiens de faïence, rien n’y fait. Les hommes s’agitent, mais la science les mène, et elle les mène, sinon à l’unité, du moins à une communauté de plus en plus étroite de relations et d’intérêts. Avant la fin du siècle, les deux Amériques seront un peuple fédéré, et l’Europe, si elle ne veut mourir étouffée et paralysée par la concurrence américaine, sera obligée de se fédérer aussi.

Eh bien ! à cette communauté d’intérêts, à cette fédération inévitable, il faudra un lien, un instrument, un outil. Et ce sera la langue internationale.

Demandez — je ne dis pas aux rêveurs, aux utopistes — mais aux gens qui passent pour les plus pratiques, aux commerçants, aux industriels, aux voyageurs ; demandez-leur ce qu’ils pensent d’une langue internationale. Interrogez-les et, tous, ils vous diront combien ils sont gênés à tout instant par la diversité des langues, par l’absence d’une langue commune. Car savoir une langue étrangère, quand on la sait — et c’est si difficile que c’est extrêmement rare — ne suffit plus aujourd’hui aux besoins de la vie moderne.

C’est deux, trois ou même quatre et cinq langues qu’il faudrait savoir.

Il y a vingt ans, l’anglais suffisait, ou à peu près ; mais aujourd’hui déjà, demain plus encore, l’expansion inouïe de l’Allemagne commerciale, l’essor immense de l’Amérique espagnole, l’entrée de la gigantesque Russie dans la civilisation industrielle de l’Occident, nous obligent, obligeront, a fortiori, nos fils à savoir quatre ou cinq langues.

Or, cela est-il possible ? est-il pratique ? Je crois que poser la question, c’est la résoudre.

La langue internationale est donc la seule solution possible.

Mais quelle sera cette langue ?

On en a proposé plusieurs. D’abord, le latin, qui, comme vous le savez, fut au Moyen-Âge la langue internationale de la