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des Romains, des Grecs, des Égyptiens, des

Étrusques, des Hébreux, et d’un grand nombre de nations de l’antiquité. C’était la plupart du temps une eau puisée à un fleuve ou à une fontaine particulière : ou bien une eau dans laquelle les prêtres jetaient des cendres des victimes, ou quelques feuilles d’une plante consacrée à la divinité qu’on honorait. Voy. EAU LUSTRALE.

LUSTRALES, fêtes que l’on célébrait à Rome tous les cinq ans, d’où est venu l’usage de compter par lustres. Les censeurs faisaient un recensement général de tous les citoyens et de leurs biens pour la confection du cadastre et la répartition de l’impôt ; après quoi il y avait une expiation solennelle, appelée le lustre, et pour laquelle on offrait le sacrifice appelé Suovetaurilia. Dans les monuments antiques, le censeur romain est quelquefois représenté tenant en main un petit vase plein d’eau lustrale, et de l’autre une branche d’olivier.

LUSTRATIONS, cérémonies religieuses, fréquentes chez les Grecs et les Romains, pour purifier les villes, les champs, les maisons, les troupeaux, les armées, les enfants, les personnes souillées de quelque crime, ou par l’attouchement d’un cadavre ou par quelque autre impureté. Elles se faisaient ordinairement par des aspersions d’eau lustrale, par des processions et par des sacrifices expiatoires. Les lustrations proprement dites avaient lieu de trois manières : ou par le feu, le soufre allumé et les parfums ; ou par l’eau qu’on répandait ; ou par l’air qu’on agitait autour de l’objet qu’on voulait purifier. Ces cérémonies étaient ou publiques ou particulières. Lorsqu’il s’agissait de purifier les troupeaux, le berger arrosait une partie choisie du bétail avec de l’eau, brûlait de la sabine, du laurier et du soufre, faisait trois fois le tour de son parc ou de sa bergerie, et offrait ensuite à Palès du lait, du vin cuit, un gâteau ou du millet. A l’égard des maisons particulières, on les purifiait avec de l’eau et des parfums composés de laurier, de genévrier, d’olivier, de sabine et autres végétaux semblables. Si l’on y joignait le sacrifice de quelque victime, c’était ordinairement celui d’un cochon de lait. Les Lustrations pour les personnes étaient proprement des expiations, et la victime se nommait hostia piacularis.

LUSTRE. Les Romains appelaient ainsi un sacrifice expiatoire que l’on offrait pour purifier la ville et ses habitants. Toutes les centuries se réunissaient, ainsi que les chevaliers, dans le champ de Mars, et on immolait un porc, une brebis et un taureau. Ce mot et tous ses dérivés, qui portent maintenant une expression de purification ou d’expiation, viennent originairement, selon Varron, du verbe lucre, payer, parce que cette cérémonie n’avait lieu qu’après le recensement quinquennal, et lorsque tous les citoyens avaient payé la taxe imposée par les censeurs. De là le mot lustre a été employé par la suite pour désigner un laps de temps de cinq ans.

LUSTRICA, un des noms de l’aspersoir

dont se servaient les Romains pour répandre l’eau lustrale.

LUSTRIES. Ovide appelle ainsi une fête romaine en l’honneur de Vulcain.

LUTHERANISME, la plus grande des hérésies modernes, celle qui, après l’Arianisme, a porté à l’Église les coups les plus désastreux, et qui a enfanté depuis trois siècles cette foule innombrable de sectes que, prises en général, on est convenu d’appeler le protestantisme. Car c’est le principe de réforme et d’interprétation libre de l’Écriture sainte, posé par Luther, qui a enfanté le Calvinisme, l’Anabaptisme et toutes les sectes qui depuis ont non-seulement déchiré le sein de l’Église catholique, mais encore ont divisé le protestantisme lui-même.

Un événement inattendu donna lieu à cette prétendue réforme. Le pape Léon X, de cette illustre famille des Médicis qui s’était érigée en protectrice éclairée des arts, voulant mettre la dernière main à la basilique de Saint-Pierre, chef-d’œuvre de Bramante et de Michel-Ange, et le plus magnifique monument du monde chrétien, publia des indulgences qu’il fit prêcher en Allemagne par les religieux dominicains, à l’exclusion des Augustins, qui s’attendaient à en être chargés.

Luther, jeune encore, venait de faire profession dans le couvent des Augustins, à Erfurth. C’était un modèle de douceur, de candeur et de piété, au point que, tourmenté sans cesse de terreurs religieuses, il se consumait, la nuit et le jour, dans la prière, la mortification et les larmes. Peu de temps s’était écoulé depuis qu’il avait fait un voyage à Rome, chargé d’y suivre les affaires de son ordre. Ce voyage n’avait nullement répondu à son attente. Lui, pauvre moine, qui passait toutes ses heures dans la méditation, la crainte du Seigneur et les pratiques de la pénitence, il s’attendait à trouver, dans la capitale du monde chrétien, la mortification et la prière. Quel ne fut pas son étonnement lorsque, traversant l’Italie, il ne vit dans une grande partie du clergé inférieur, que les gais propos, l’intempérance et le relâchement des mœurs ; et lorsque, dans le haut clergé, il vit la plupart des princes de l’Église couverts d’habillements sur lesquels ruisselaient l’or et les pierres précieuses, et donnant presque toutes leurs heures à la mollesse et aux délassements mondains ! Frappé tout à coup de ce pénible souvenir, qui de temps à autre lui apparaissait comme un sombre cauchemar, s’imaginant que le produit des indulgences n’allait être perçu que pour fournir aux vices de cette Rome qu’il avait vue si dissipée ; poussé, disent quelques-uns, par les chefs de son ordre, jaloux qu’à leur détriment les Dominicains fussent chargés de la prédication des indulgences, il se mit, dans un zèle exagéré, à écrire contre elles.

Il est certain qu’alors la pensée de Luther ne fut pas de jeter le trouble dans l’Église, et