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INTRODUCTION.


nobles maisons, parce que les mœurs des grands se sont corrompues. Le pauvre s’est élevé, le fils de l’artisan s’est assis à côté des rois : c’est presque toujours à cause de sa sagesse de la conduite. S’il faut donner aux circonstances leur part dans l’élévation des hommes, il faut aussi confesser que les nouvelles fortunes, honnêtes et stables, sont ordinairement le produit d’une conduite bien réglée.

Ce n’est point assez de faire sentir l’importance de la morale, il faut encore en faire connaître les principes fondamentaux, en rechercher la source, en étudier l’histoire, en exposer les règles. Mais comme tout ce Dictionnaire est consacré à ce dernier point, nous nous contenterons, dans cette introduction, 1° de rechercher le fondement de la saine morale 2° nous ferons l’histoire de la morale ; 3" enfin nous indiquerons les sources où l’on doit puiser la bonne morale.

ARTICLE PREMIER.
de la base fondamentale de la morale.

II. Les grands édifices destinés à traverser les siècles doivent être établis sur des fondements inébranlables. La morale doit exister dans tous les temps, chez tout les peuples, résister à toutes les attaques des esprits et des cœurs corrompus elle doit donc avoir une base immuable pour défier les temps un fondement inébranlable pour braver les efforts de ses ennemis. Les sages se sont beaucoup occupés de cette base. Les uns ont essayé d’établir le fondement de la morale en dehors de la Divinité et de la religion. Leurs systèmes ont fait beaucoup de bruit. Nous devons les examiner d’abord, ensuite nous ferons connaitre la véritable base de la morale suivant la doctrine chrétienne,

§ Ier.
Systèmes de ceux qui établissent la base de la morale en dehors de la Divinité et de la religion.

III. Séparer la morale de la religion est pour nous quelque chose de monstrueux ; rien cependant ne paraît plus rationnel aux prétendus philosophes de notre siècle. Ils regardent même cette séparation comme une nécessité absolue, et établissent celte nécessité sur l’histoire de la religion.

Confondant la a véritable religion avec les cultes les plus faux, ils nous disent:Prenez l’histoire de toutes les religions lisez-y la multitude des divinités bizarres qui y sont nommées ; parcourez les rituels de tous les cultes, les prescriptions de tous les pontifes, les règlements disciplinaires et moraux des muphtis, des saliens, des bramines, des bonzes, des protopapas, des évêques, etc., etc., tous sont contradictoires, sans cesse variables, pour la plupart ridicules et cruels. Vouloir lier la morale à la religion, c’est donc vouloir lui faire mériter ces tristes qualifications, c’est l’assujettir à toutes les rêveries des imposteurs. Voyez les peuples qui n’ont pas encore été éclairés par une sage philosophie, qui n’ont d’autre principe de morale que leur


religion. Combien leur morale est vile et méprisable ! Qu’elle fait naître de dégoût ! D’où vient donc un tel avilissement ? Il n’a d’autre cause que l’alliance de la religion et de la morale. Pour rendre celle-ci sainte et pure, il faut la rendre indépendante des croyances religieuses.

Accordons un instant que l’histoire des religions prouve que leur alliance avec la morale a été funeste à celle-ci. Reste toujours la grande question du fondement de la morale, car il lui en faut nécessairement un. Le droit de commander emporte le devoir d’obéir ; ces deux idées sont corrélatives. Si la morale a des lois obligatoires, il y a donc une autorité qui en commande l’observation. Quelle est cette autorité ? Les systèmes sont nés en foule pour répondre à cette question. Nous allons exposer brièvement les quatre principaux.

1er Système. IV. La raison est le véritable fondement de la morale. Il est inutile, nous disent quelques philosophes, de faite intervenir l’autorité divine pour nous faire pratiquer la vertu et fuir le vice. Nous avons notre raison qui nous fait discerner le bien du mal, et qui nous donne des motifs suffisants pour pratiquer l’un et éviter l’autre écoutons la raison, et tous nos devoirs seront bien remplis.

Mais quelle est donc cette raison qu’on invoque avec tant de confiance, qu’on préconise comme la règle sûre de toute morale ? Est-ce la droite raison en général ? Mais c’est une abstraction de notre esprit, la raison n’a d’existence réelle que dans l’être raisonnable; vouloir donner ta raison en général pour règle de morale, c’est donner une chimère. Est-ce la raison individuelle ? Mais c’est dire à chaque homme:Descends dans ton âme, interroge-la, écoute ses leçons. Tout ce qu’elle te dira est bon, vrai, utile. Le sauvage entendra peut-être au fond de son âme qu’il doit tuer l’ennemi pris à la guerre pour manger sa chair ; c’est un acte de vertu. L’assassin qui a secoué tous les remords croit qu’il lui est utile d’assassiner le riche pour s’emparer de sa fortune, sa conscience est tranquille; il est vertueux. Ces affreuses conséquences nous font reculer d’effroi.

Et d’ailleurs, où s’est-il trouvé un homme qui ait une intelligence assez étendue, une âme assez ferme pour secouer tous ses préjugés d’enfance, pour oublier toutes les mauvaises leçons qu’il a reçues, pour heurter de front toutes les opinions de ceux avec lesquels il est obligé de vivre ? Quelques philosophes ont voulu faire parade de ce courage, mais c’est moins la raison que la vanité qui les a conduits. Et d’ailleurs, en voulant s’élever au-dessus de tous les préjugés, ne sont-ils pas tombés eux-mêmes dans les plus graves erreurs ? En lisant leurs livres, on ne peut s’empêcher de dire : Sottises pour sottises, autant vaut conserver celles des autres que d’en chercher de plus pernicieuses encore.

Supposons la raison parfaitement éclairée. Quelle sanction donne t-elle à ses prescrip-