Page:Milton - Le Paradis perdu, trad. de Chateaubriand, Renault et Cie, 1861.djvu/39

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impériale, qui haute et pleinement avancée brille comme un météore s’écoulant dans le vent : les perles et le riche éclat de l’or y blasonnaient les armes et les trophées séraphiques. Pendant tout ce temps l’airain sonore souffle des sons belliqueux, auxquels l’universelle armée renvoie un cri qui déchire la concavité de l’enfer et épouvante au-delà l’empire du Chaos et de la vieille Nuit.

En un moment, à travers les ténèbres, sont vues dix mille bannières qui s’élèvent dans l’air avec des couleurs orientales ondoyantes. Avec ces bannières se dresse une forêt énorme de lances, et les casques pressés apparaissent, et les boucliers se serrent dans une épaisse ligne d’une profondeur incommensurable. Bientôt les guerriers se meuvent en phalange parfaite, au mode dorien des flûtes et des suaves hautbois : un tel mode élevait à la hauteur du plus noble calme les héros antiques s’armant pour le combat ; au lieu de la fureur, il inspirait une valeur réglée ; ferme, incapable d’être entraînée par la crainte de la mort, à la fuite ou à une retraite honteuse. Cette harmonie ne manque pas de pouvoir pour tempérer et apaiser, avec des accords religieux, les pensées troublées, pour chasser l’angoisse, et le doute, et la frayeur, et le chagrin, et la peine des esprits mortels et immortels.

Ainsi respirant la force unie, avec un dessein fixé, marchaient en silence les anges déchus, au son du doux pipeau, qui charmait leurs pas douloureux sur le sol brûlant ; et alors avancés en vue, ils s’arrêtent ; horrible front d’effroyable longueur, étincelant d’armes, à la ressemblance des guerriers de jadis, rangés sous le bouclier et la lance, attendant l’ordre que leur puissant général avait à leur imposer. Satan, dans les files armées, darde son regard expérimenté, et bientôt voit à travers tout le bataillon la tenue exacte de ces guerriers, leurs visages, et leurs statures comme celles des dieux : leur nombre finalement il résume.

Et alors son cœur se dilate d’orgueil, et, s’endurcissant dans sa puissance, il se glorifie. Car depuis que l’homme fut créé jamais force pareille n’avait été réunie en corps ; nommée auprès de celle-ci, elle ne mériterait pas qu’on s’y arrêtât plus qu’à cette