Page:Mirbeau - L’Épidémie.djvu/39

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LE TRÈS VIEUX CONSEILLER

Oui, un héros !… un héros modeste, silencieux et solitaire !… Comme il sut écarter de sa maison les amis, les pauvres et les chiens !… Comme il sut préserver son cœur des basses corruptions de l’amour… son esprit des pestilences de l’art !… Il détesta — ou mieux — il ignora les poésies et les littératures… car il avait horreur de toutes les exagérations, étant un homme précis et régulier… Et si les spectacles de la misère humaine ne lui inspirèrent jamais que le dégoût… en revanche, les spectacles de la nature ne lui suggérèrent jamais rien… Chaque matin, il s’en remettait au Petit Journal du soin de sentir et de penser pour lui !…

TROISIÈME CONSEILLER (Sanglots.)

Quel malheur !… Quel malheur !…

LE TRÈS VIEUX CONSEILLER

En conséquence, Messieurs, j’ai l’honneur de déposer sur le bureau du Conseil les deux propositions suivantes… Primo… Les obsèques de Joseph seront célébrées solennellement et en grande pompe, aux frais de la ville… Secundo… Une statue lui sera élevée sur l’une de nos principales places…

TOUS, sortant peu à peu de leur torpeur.

Oui !… Oui !…

LE TRÈS VIEUX CONSEILLER

Je propose, en outre, que l’on donne à une rue de notre belle cité son nom… quand nous le connaîtrons !…