Page:Mirbeau - La Pipe de cidre.djvu/124

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Les âmes simples


Dès que M. le curé eut appris que M. Rouvin, malade depuis deux jours seulement, était au plus mal, il accourut auprès de lui. Introduit dans la chambre par la vieille bonne abêtie de douleur, à peine s’il put contenir son émotion, et des larmes lui emplirent les yeux. Il les essuya vite et, faisant un effort sur soi-même, il donna à son visage bouleversé une expression presque souriante.

M. Rouvin, très pâle, très faible, les narines un peu pincées, une grosse sueur au front, reposait sur son lit. Ses mains grattaient la toile du drap, mais sans brusques crispations, et, de sa gorge, un sifflement léger sortait, mais sans râles douloureux. Il ne paraissait pas souffrir. L’agonie ne tordait aucun de ses muscles, ne convulsait aucun de ses traits, restés pacifiques. Il mourait comme on s’endort.

La chambre était toute claire et rayonnante