Page:Mirbeau - La Pipe de cidre.djvu/56

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.





La belle sabotière



I


— Qué qu’ tu y as dit à ma mè ? interrogea Goudet, qui, se levant, repoussa du pied un gros tas de peaux de lapins, qu’il était en train de compter et de ficeler par paquets.

La Goudette, très vite, débita :

— J’y ai dit qu’elle était une vieille voleuse, une vieille saleté… Qué pouvait ben coucher avê l’gas Roubieux, si c’était son plaisir, et pis avê d’autres, itou… mais qu’ j’en avions assez d’trimer du matin au soir, pour voir s’engraisser, sous not’ nez, un salopiau, un feignant, un cochon qui la gruge, qui nous vole… que si elle continuait, j’ lui ferions son affaire, nà !

À bout de souffle, ayant longtemps couru, elle s’affaissa sur une chaise, essuya, haletante, avec le coin de son tablier, son front où la sueur ruisselait, et, les mains à plat sur ses cuisses,