Page:Mirbeau - La Vache tachetée.djvu/55

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les frottant sur un caillou ; puis il lui serrait la gorge entre les doigts et le secouait dans l’air, en hurlant avec une joie féroce. À torturer le pitoyable animal, il prenait un plaisir monstrueux ; cela se lisait dans ses yeux, où flambait une lueur sinistre, un effroyable regard d’assassin. Oh ! ces yeux ! comment les oublier jamais ? ces yeux inexprimables qui avaient la couleur et la forme d’un coup de couteau !… La colère me saisit ; d’un bond je fus près de lui, dans la haie.

— Que fais-tu là, petit misérable ? criai-je.

Il ne parut pas s’étonner beaucoup, et ne répondit point.

— Lève-toi, commandai-je.

Il ne bougea pas.

— Veux-tu bien te lever ?

Rien. Pas un mot, pas un geste. Rien que ses yeux hallucinants qui entraient en moi, me pénétraient, comme une lame de surin.

Alors, je me jetai sur lui, et de mes poings convulsés, je lui broyai la gorge.

— Assassin ! assassin ! assassin ! criai-je.

Il essaya de se débattre, de me déchirer les bras avec ses ongles. Puis, peu à peu, ses membres se détendirent ; ils eurent quelques contractions de spasmes, et retombèrent inertes, au long de son corps. Comme il remuait encore sur l’herbe où je l’avais étendu, je l’achevai d’un coup de soulier, sur le crâne. Voilà tout.