Page:Mirbeau - Le Jardin des supplices.djvu/182

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Et sa gorge est aussi ferme que le cédrat.

Ses cheveux, tressés en une seule natte, retombent sur ses épaules d’or, ainsi que de noirs serpents.

Sa voix a la douceur du miel des montagnes.
Ses hanches sont minces et flexibles.
Ses cuisses ont la rondeur de la tige lisse du bananier.
Sa démarche est celle du jeune éléphant en gaîté.
Elle aime le plaisir, sait le faire naître, et le varier !…
J’ai trois amies.


Clara s’interrompit :

— Tu ne te souviens pas ? demanda-t-elle. Est-ce donc que tu n’aimes plus ma voix ?

La Face n’avait pas bougé… Elle semblait ne pas entendre. Ses regards dévoraient toujours l’horrible corbeille, et sa langue claquait dans la bouche, mouillée de salive.

— Allons, fit Clara… Écoute encore !… Et tu mangeras, puisque tu as si faim !

Et elle reprit d’une voix lente et rythmée :


J’ai trois amies.

La seconde a une abondante chevelure qui brille et se déroule en longues guirlandes de soie.

Son regard troublerait le Dieu d’amour
Et ferait rougir les bergeronnettes.
Le corps de cette femme gracieuse serpente comme une liane d’or,
Ses pendants d’oreilles sont chargés de pierreries,

Comme est ornée de givre, par un matin de gelée et de soleil, une fleur.

Ses vêtements sont des jardins d’été
Et des temples, un jour de fête.