Page:Mirbeau - Les Écrivains (deuxième série).djvu/163

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de ses malchances, qu’il ne ferait plus rien ! Il était ainsi tombé, de la plus équivoque bohème, dans la plus profonde misère. Vivant on ne sait de quoi, couchant on ne sait où, il restait invisible durant des mois, reparaissait soudain avec des vestes trop courtes, des pantalons trop longs et de flamboyantes cravates, puis il disparaissait pour des années. Toujours gai, d’ailleurs, et patriote comme pas un, et, malgré l’hétéroclitisme de ses costumes, fidèle aux longues chevelures crasseuses et aux larges chapeaux de feutre. Par exemple, il ne fallait pas plaisanter avec lui sur les grands principes de la morale. Ah ! non !… Débraillé, pitre, roulant d’ordure en ordure, souteneur, sans doute, pochard certainement, et voleur au besoin, il appartenait à ce grand parti que Louis Veuillot, dans son ironie vengeresse, appelait : les Respectueux… C’était, aussi, un de ces personnages préhistoriques, une de ces formes zoologiques disparues qui vous parfait encore — avec quel verbeux enthousiasme ! — de Roqueplan, de Villemot, d’Albert Wolff et de Villemessant !… Il ne tarissait pas non plus sur Adèle Courtois et sur M. Lockroy… Quand, après des années d’absence, il nous rencontrait, l’anecdotique et abondant Galapiat, il vous disait toujours, en sirotant son absinthe :

— Ah ! quelle chic époque ! On savait causer en ce temps-là et faire des folies généreuses !… Rochefort, Alphonse Duchesne, Carjat, et notre