Page:Mirbeau - Les Écrivains (deuxième série).djvu/169

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FÉCONDITÉ


Voici un spectacle auguste et merveilleux. Pour avoir poussé le cri de vérité, un homme est renié, outragé, frappé, menacé de mort par des foules cannibales ; pour avoir poussé le cri de justice, il est condamné et chassé par des juges en révolte contre la conscience humaine. Et, de son lieu d’exil, cet homme tourne, vers son pays, son âme immense et grandie encore par la souffrance, par l’amertume ; il puise, en cette amertume même, une sérénité créatrice, sans dédain, sans récrimination, toute généreuse, et, d’un effort de son imagination passionnée, il dote sa patrie et l’univers, non pas seulement d’un chef-d’œuvre nouveau, mais d’un code de paix et d’amour, d’espérance et d’affranchissement, d’un Évangile, enfin, de lumière et d’avenir… Il faudrait n’avoir rien dans le cœur que la haine stupide de la brute,