Page:Mirbeau - Les Écrivains (première série).djvu/12

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



JOUETS DE PARIS


Il faut souvent peu de choses à la distraction de ce badaud qui est Paris : une voiture renversée ou une femme qu’on éclabousse suffisent à le mettre en joie. Un monsieur passe et s’imagine de lever la tête en l’air, aussitôt Paris s’arrête, s’agglomère autour de lui, se bouscule, et la bouche ouverte, les yeux écarquillés, le voilà qui se met à regarder. Quoi ? Il ne sait pas, mais il est tout de même bien content. Cerveau de singe, cœur de femme, il s’amuse avec tout et avec rien. On lui donne des joujoux, comme à un enfant malade, et ces joujoux, ce sont, suivant l’histoire ou l’anecdote du moment, des Chinois ou des Anglais, des tripots, des cadavres, des statues, un poète dévoyé, une actrice un peu folle, un ministre, un chanteur, quelquefois aussi un grand homme, le plus souvent une toute petite chose : poupées