Page:Mirbeau - Les Écrivains (première série).djvu/149

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


Il ne faut pas toujours dire d’un homme que la foule poursuit en lui jetant des pierres : « C’est un voleur » .

Jean WIER

Le petit village des Damps est bâti, près de l’embouchure de l’Eure, sur un bras de la Seine qui sépare du grand fleuve une île plantée de hauts peupliers et d’oseraies abandonnées, maintenant envahies par une flore exubérante et vagabonde. Les herbes arborescentes, les fleurs sylvestres, les plantes fluviales, les lianes ont tellement poussé, pullulé, elles se sont tellement jointes, enlacées, nouées les unes aux autres, que l’île, en bien des endroits, est impénétrable et qu’elle donne l’impression d’une terre vierge, d’une jungle mystérieuse, d’une sorte d’Éden sauvage, dont les maisons de village reçoivent les violents, les âpres parfums, lorsque le vent souffle du nord. Du grand bras