Page:Mirbeau - Les Écrivains (première série).djvu/164

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L’hiver dernier, dans le Midi, je liai connaissance avec M. de B…, écrivain allemand de grand mérite, et de plus, si j’ose m’exprimer ainsi, député au Reichstag. C’était — me pardonne la Ligue des Patriotes — c’était un charmant homme, à qui je dois des heures exquises. N’étant point officier de l’armée territoriale, ni même d’aucune espèce d’armée — du moins, je le pense —, je puis sans danger risquer ce coupable et blasphématoire aveu :je l’aimais fort. Le pis est que je l’aime toujours. M. Aurélien Scholl ne me croira pas, mais M. de B… avait lu Schopenhauer, il le goûtait beaucoup, et, détail inexplicable, il avait infiniment d’esprit avec infiniment de bonté. Détail plus inexplicable encore, il détestait la bière et ne digérait qu’imparfaitement la choucroute. Je l’ai vu, un jour, attablé devant un perdreau,