Page:Mirbeau - Les Écrivains (première série).djvu/183

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LE ROI

Y a-t-il quelqu’un ici qui ait peur de la malédiction des morts ?

ANGUS

Oui, sire, moi…

LE ROI

Eh bien, fermez leurs yeux, alors, et allons-nous-en.

LA NOURRICE

Oui, oui, venez.

LE ROI

Je viens, je viens…Oh ! comme je vais être seul maintenant. Et me voilà dans le malheur jusqu’aux oreilles. À soixante-dix-sept ans… Où donc êtes-vous ?

LA NOURRICE

Ici, ici.

LE ROI

Vous ne m’en voudrez pas ? … Nous allons déjeuner ; y aura-t-il de la salade ? … Je voudrais un peu de salade.

LA NOURRICE

Oui… oui… il y en aura.

LE ROI

Et je ne sais pas pourquoi, je suis un peu triste aujourd’hui… Mon Dieu, mon Dieu, que les morts ont donc l’air malheureux.

(Il sort avec la nourrice.)

Et depuis plus de six mois que ce livre a paru, obscur, inconnu, délaissé, aucun critique ne s’est honoré en en parlant. Ils ne savent pas. Et comme dit un personnage de La Princesse Maleine : « Les pauvres ne savent jamais rien. »

Octave Mirbeau, Le Figaro, 24 août 1890