Page:Mirbeau - Les Écrivains (première série).djvu/185

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être, l’impatient amour de la réclame dont sont atteints la plupart de nos chers rêveurs et de nos plus admirables résignés, on me reproche d’avoir, pour en faire l’éloge, choisi un poète belge, alors qu’il en existe en France tant de jeunes et de si merveilleux — dont on ne dit jamais rien.

C’est d’autant plus inconcevable et scandaleux à moi que j’aurais dû savoir ce que tout le monde sait, ce que L’Indépendance belge sait mieux que personne, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de poètes en Belgique, qu’il n’y a rien en Belgique, et même que la Belgique n’existe pas. Il paraît que j’ai été dupe de grossiers mirages géographiques, et que j’ai pris des ombres mortes, des apparences évanouies, pour des réalités vivantes. La Belgique ne trompe plus personne aujourd’hui. La Belgique — cela est prouvé de toutes les manières — n’est qu’une plaisanterie inventée, un jour de festin, par M. Camille Lemonnier :une mauvaise plaisanterie, comme on voit. Incorrigible et paroxyste gobeur que je suis, j’ai donc été, une fois de plus, mystifié, et de la bonne façon. Voilà un panneau dans lequel ne donneraient pas M. Jules Lemaitre et M. Bérardi. Oh ! comme on a dû se divertir de ma crédulité ! Mon cas est humiliant, je l’avoue, et j’avoue que j’en ai ressenti un peu de honte et beaucoup de dépit.

D’autres, moins catégoriques et plus judicieux, et pareillement ironiques — et ce sont des jeunes encore : les jeunes sont terribles — pensent que la Belgique pourrait exister, à la