Page:Mirbeau - Les Écrivains (première série).djvu/227

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c’est un studieux opiniâtre, une sorte de bénédictin, toujours en désir de quelque noble savoir, toujours en quête de hautes recherches mentales. Il avait donc, à la Bibliothèque, deux fois sa vie : sa vie matérielle, car il se contente de peu et met son idéal au delà des rêves de l’argent, et sa vie spirituelle. Il n’ambitionnait pas autre chose.

Sachant très bien de quelles mixtures ingénieusement malpropres se compose la célébrité contemporaine, et ce qu’il faut souvent oublier de dignité morale, d’intégrité esthétique, pour y atteindre, il faisait de son mieux, obscur et laborieux. Ses loisirs ne le changeaient ni de milieu ni de passion. Au Mercure de France, il était un des plus assidus, un des plus remarqués parmi les jeunes collaborateurs de ce groupe d’élite ; et il écrivait de beaux livres, comme cette étrange et métaphysique Sixtine, où sont vraiment d’admirables pages, et des beautés de pensée, et des impressions d’art vraiment supérieures. Il semblait que la vie d’un tel homme, voué à de si lointaines spéculations, résigné à se satisfaire par des joies intérieures, et qui ne gênait personne, ne disputant à personne sa part des honneurs et des succès volés, il semblait que cette vie silencieuse, cloîtrée dans le devoir et dans l’art pur, dût rester à l’abri de toute aventure, préservée de tous les heurts violents et publics. Eh bien, non. Je connais, dans une ville de France, un bibliothécaire. C’est un doux homme, très maigre,