Page:Mirbeau - Les Écrivains (première série).djvu/84

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LES CONTEURS


La production littéraire se fait, de jour en jour, plus énorme, plus menaçante. Le livre monte, déborde, se répand : c’est une inondation. Il s’échappe en torrent des librairies encombrées, croule en cascades jaunes, bleues, vertes, rouges, des étalages vertigineux. On ne se fait pas une idée de tous les noms, arrachés des profondeurs de l’inconnu, que cette marée déferlante soulève un instant sur le dos de ses vagues, roule pêle-mêle, comme des brins de goémon, contre les galets, et rejette ensuite, en un coin perdu de la grève, où nul ne passe, pas même les voleurs d’épaves. M. Guy de Maupassant, par une grande habileté et par un grand talent, a su préserver son nom de ces destinées. Non seulement ce nom surnage au-dessus du flot, mais il brille sur la mer de livres comme un phare.