Page:Mirbeau - Les Scrupules de M. Hector Pessard, paru dans l’Écho de Paris, 5 janvier 1891.djvu/6

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figure ! Pour un homme de ma tenue, pour un critique austère, comme je suis, qui ne barguigne pas, avec la morale et le bon goût… Nom d’un chien !.. Ça serait, un désastre !… (On entend des craquements sur le parquet ; subitement effaré)… Hein ? Quoi ?… Qu’est-ce qu’il y a ?… Qui êtes-vous ?… Allez-vous-en !… Je ne veux pas vous voir !… Je ne veux pas !… Allez-vous-en ! (Un chat saute sur le bureau. Il ressemble à M. Thiers.)… Suis-je bête !… C’est Adolphe !… C’est mon chat… J’avais cru d’abord que c’était Ajalbert ou bien Goncourt !… (Silence. Le chat, assis sur son derrière, lisse ses pattes et s’épuce. La lampe baisse… M. Hector Pessard la remonte, encore un peu pâle et tremblant)… Je suis inquiet… (Il se lève, et marche dans son cabinet)… J’aurais peut-être mieux fait d’aller voir cette pièce… Elle est peut-être très bien, cette pièce… C’est curieux, j’ai beau marcher, parler haut… Je suis inquiet… Ce n’est pas du remords que j’éprouve… Non… C’est… c’est de l’inquiétude… il n’y a pas à dire… Voyons !… Rappelons-nous bien !… Mon début dans la critique fut extrêmement brillant. La veille, je n’étais que sympathique… Le lendemain je fus promu éminent… (Avec orgueil) l’éminent Hector Pessard !… Il est vrai que, du premier coup, j’avais trouvé une idée de génie… véritablement de génie… À propos d’une pièce d’Alexandre Dumas père, reprise dans je ne sais plus quel théâtre, j’exposai tout un plan d’enseignement nouveau… « Au lieu de continuer à enseigner dans les collèges, l’histoire, la