Page:Mirbeau - Lettres de ma chaumière.djvu/376

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son âme pour une robe de dentelles semée de bouquets de fleurs. Il fallait la voir regarder, de ses yeux bordés de rouge, les étalages des bas de soie brodés, et les chapeaux joliment chiffonnés, qui, chez les modistes, se dressent fièrement au haut des champignons de palissandre ! En ces moments, son menton remontait dans sa bouche, si profondément qu’on n’en apercevait même plus la pointe, et sur son nez, qui remuait de désirs, s’allumaient des lueurs sombres, pareilles à celles qui brillent au nez des ivrognes. Ai-je besoin de vous dire, après cela, que tout notre argent était dépensé en fantaisies inutiles de toilettes ? Elle achetait des onguents, des pots de fard, des crayons, qui traînaient sur tous les meubles, avec des houppettes de poudre de riz et des flacons d’odeur. Ses journées, elle les passait, devant sa glace, à se maquiller, à se contempler, à essayer, tantôt une aigrette de plumes, tantôt un piquet de fleurs, se décolletant parfois, bien qu’elle ne sortît