Page:Mirbeau - Lettres de ma chaumière.djvu/433

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bien vite pompé le sang et la rosée le dissout dans l’herbe matinale. Au feu ! au feu ! Le feu s’étend, gagne, dévore. Il a brûlé la maison du voisin ; dans une minute il aura brûlé la mienne. Et c’est moi que je défends, non pas moi, mais mes biens, mes titres de rentes, mon or.



Sur une place de village.

— Bonnes gens qui m’entendez, riches et pauvres, honnêtes et voleurs, et vous aussi, sourds, bancroches, paralytiques, adultères et cocus, regardez-moi, écoutez-moi. Je suis le candidat, le bon candidat. C’est moi qui fais les récoltes grasses, qui transforme en palais les misérables chaumines, qui remplis d’or les vieux coffres vides, qui bourre de bonheur les cœurs ulcérés. Venez, bonnes gens, accourez, je suis la providence des femmes stériles, des fiévreux et des petits soldats. Je dis à la grêle :