Page:Mirbeau - Lettres de ma chaumière.djvu/432

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


fondrent. « Au feu ! au feu ! » Tout le monde est dehors, empressé, affolé, prêt au dévouement, décidé à braver la mort. On rencontre des gens surpris dans le sommeil et qui n’ont pas eu le temps de se vêtir ; des femmes, des enfants, des vieillards, en chemise, qui montrent des nudités héroïques. « Au feu ! au feu ! » Et ils grimpent aux échelles enflammées, courent sur les poutres transformées en barres rougies, s’élancent dans les fournaises, plongent dans les fumées brûlantes.

Pourquoi le sang les laisse-t-il indifférents et lâches ; et pourquoi la flamme exalte-t-elle leur courage ? C’est que, de ce sang qui coule des flancs ouverts et des poitrines entaillées par les surins, s’échappe seulement la vie des autres, tandis que la flamme dévore l’égoïsme de la vie. Le sang ne fait que des cadavres, mais la flamme fait des pauvres. Le sang étale des corps mutilés et verdis sur les dalles de la morgue, mais la flamme éparpille au vent les cendres des billets de banque. À l’assassin ! La terre a