Page:Mirbeau - Lettres de ma chaumière.djvu/439

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soleil, me rouler dans cette herbe ; je voudrais être gras et me reposer. Que faut-il faire ?

Premier mendiant. — Il faut tuer !



Au bord de la rivière.

Elle coule, lente, si lente, que les peupliers de la rive se mirent, immobiles et tout jaunes, dans son calme miroir. Pas un frisson, aucun roseau ne chante, aucun ne balance sa hampe flexible. À l’endroit où je me suis arrêté, sous des aulnes, l’eau est noire et sinistre, coupée brusquement par le reflet d’un ciel gris et fin comme une perle. Et j’entends une voix qui semble monter du fond de l’eau, une voix de mort, une voix qui pleure. Et la voix dit :

« Je t’ai vue cette nuit. C’était dans ta chambre, toute close et toute tiède. Les stores aux fenêtres étaient baissés. Des lueurs pâles — les lueurs de la veilleuse —