Page:Mirbeau - Lettres de ma chaumière.djvu/441

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alors j’ai entendu des baisers, des baisers étouffés dans l’oreiller, des baisers de lui, des baisers de toi. Je t’ai crié, suppliant : « Jeanne ! ma petite Jeanne ! » Mais tu n’as pas répondu : « Henri ! mon petit Henri ! »

« Je t’ai vue cette nuit. Les deux têtes n’ont plus fait qu’une seule tête ; les deux corps n’ont plus fait qu’un seul corps. Une forme unique, douloureuse et démoniaque s’est agitée sous les dentelles. Et les baisers claquaient, et les lèvres mordaient, et le lit, soulevé en houle blanche, gémissait. Alors j’ai pleuré, pleuré, pleuré ! Et, à genoux, les mains jointes, je t’ai crié : « Jeanne ! ma petite Jeanne ! » Mais tu n’as pas répondu : « Henri ! mon petit Henri ! »

« Je t’ai vue cette nuit. L’homme est parti — l’homme petit, riche et laid — est parti en chantant. Et tu es restée seule, toute seule, le ventre sali, épuisée et hideuse, nue sur le lit dévasté. Auprès de toi,