Page:Mirbeau - Lettres de ma chaumière.djvu/442

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l’homme petit, riche et laid, avait laissé une cassette, une grande cassette, d’où l’or coulait comme d’une fontaine, d’où l’or coulait, et se répandait sur le lit autour de toi, tout autour de toi. Et l’or montait. Et tu montais avec l’or. Tu plongeais tes mains dans l’or, tes mains avides. Tu prenais l’or à poignées, à poignées furieuses. Tu faisais ruisseler l’or sur toi, en cascades fauves ! De l’or ! oui, c’est de l’or ! Ah ! le bain délicieux. C’est l’or lustral qui lave toutes les souillures. Encore, encore ! Et tu riais, tu riais, tu riais toujours ! Et l’or ruisselait, ruisselait, ruisselait toujours ! Et de même que tu n’avais pas vu mes larmes, tu n’as pas vu mon sang qui coulait tout rouge et tout fumant de ma poitrine, comme l’or coulait de la cassette. Et, mourant et tout pâle, je suis parti aussi, moi, je suis parti vers la grande rivière… Adieu, petite Jeanne ; il n’y a plus de petit Henri. »