Page:Molière - Édition Louandre, 1910, tome 2.djvu/247

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Un homme, comme lui, de mérite et d’honneur,
1715Et qui vous chérissait avec idolâtrie,
Devait-il…

Alceste
Devait-il… Laissez-moi, madame, je vous prie,

Vider mes intérêts moi-même là-dessus,
Et ne vous chargez point de ces soins superflus.
Mon cœur a beau vous voir prendre ici sa querelle,
1720Il n’est point en état de payer ce grand zèle ;
Et ce n’est point à vous que je pourrai songer,
Si, par un autre choix, je cherche à me venger.

Arsinoé
Hé ! croyez-vous, monsieur, qu’on ait cette pensée,

Et que de vous avoir on soit tant empressée ?
1725Je vous trouve un esprit bien plein de vanité,
Si de cette créance il peut s’être flatté.
Le rebut de madame est une marchandise
Dont on aurait grand tort d’être si fort éprise.
Détrompez-vous, de grâce, et portez-le moins haut.
1730Ce ne sont pas des gens comme moi qu’il vous faut.
Vous ferez bien encor de soupirer pour elle,
Et je brûle de voir une union si belle.



Scène 7

Célimène, Éliante, Alceste, Philinte.


Alceste, à Célimène.
Hé bien, je me suis tu, malgré ce que je voi,

Et j’ai laissé parler tout le monde avant moi.
1735Ai-je pris sur moi-même un assez long empire,
Et puis-je maintenant… ?

Célimène
Et puis-je, maintenant… Oui, vous pouvez tout dire ;

Vous en êtes en droit, lorsque vous vous plaindrez,
Et de me reprocher tout ce que vous voudrez.
J’ai tort, je le confesse ; et mon âme confuse
1740Ne cherche à vous payer d’aucune vaine excuse.
J’ai des autres ici méprisé le courroux ;
Mais je tombe d’accord de mon crime envers vous.
Votre ressentiment sans doute est raisonnable ;
Je sais combien je dois vous paraître coupable,
1745Que toute chose dit que j’ai pu vous trahir,