Page:Molière - Édition Louandre, 1910, tome 2.djvu/246

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doucereux, est le dernier des hommes pour qui j’aurais de l’amitié. Il est extravagant de se persuader qu’on l’aime, et vous l’êtes de croire qu’on ne vous aime pas. Changez, pour être raisonnable, vos sentiments contre les siens ; et voyez-moi le plus que vous pourrez, pour m’aider à porter le chagrin d’en être obsédée. »

D’un fort beau caractère on voit là le modèle,
Madame, et vous savez comment cela s’appelle.
Il suffit. Nous allons l’un et l’autre, en tous lieux,
Montrer de votre cœur le portrait glorieux.

Acaste
1695J’aurais de quoi vous dire, et belle est la matière ;

Mais je ne vous tiens pas digne de ma colère ;
Et je vous ferai voir que les petits marquis
Ont, pour se consoler, des cœurs de plus haut prix.



Scène 5

Célimène, Éliante, Arsinoé, Alceste, Oronte, Philinte.
Oronte
Quoi ! de cette façon je vois qu’on me déchire,

1700Après tout ce qu’à moi je vous ai vu m’écrire !
Et votre cœur, paré de beaux semblants d’amour,
À tout le genre humain se promet tour à tour !
Allez, j’étais trop dupe, et je vais ne plus l’être ;
Vous me faites un bien, me faisant vous connaître :
1705J’y profite d’un cœur qu’ainsi vous me rendez,
Et trouve ma vengeance en ce que vous perdez.
(À Alceste.)
Monsieur, je ne fais plus d’obstacle à votre flamme,
Et vous pouvez conclure affaire avec madame.



Scène 6

Célimène, Éliante, Arsinoé, Alceste, Philinte.
Arsinoé, à Célimène.
Certes, voilà le trait du monde le plus noir ;

1710Je ne m’en saurais taire, et me sens émouvoir.
Voit-on des procédés qui soient pareils aux vôtres ?
Je ne prends point de part aux intérêts des autres ;
(montrant Alceste.)
Mais monsieur, que chez vous fixait votre bonheur,