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LIVRE I, CHAP. XII

lontés dans les temps primitifs que par les sorts jetés selon la coutume italique[1] ; les divinités grecques, au contraire, sous l’inspiration peut-être des croyances venues d’Orient, aimaient à tenir un plus direct langage, et à communiquer aux mortels de véritables sentences. Les Romains les recueillirent de bonne heure ; ils avaient reçu de leurs hôtes et amis, les Grecs de Campanie, les pages précieuses et prophétiques du livre de la prêtresse d’Apollon, de la fameuse sibylle de Cumes. Pour en lire le texte merveilleux, ils avaient fondé un collège de deux experts (duoviri sacris faciundis), ayant rang immédiatement après les augures et les pontifes : ils leur avaient adjoint deux esclaves publics sachant la langue hellénique. On s’adressait à ces conservateurs de l’oracle dans toutes les circonstances critiques, lorsque, par exemple, pour conjurer un péril imminent, il était nécessaire d’accomplir une solennité pieuse en l’honneur d’un dieu dont on ignorait le nom, et dans une forme non encore indiquée. Non contents de cela, les Romains allèrent aussi jusqu’à Delphes y consulter Apollon. Bon nombre de légendes (auxquelles il a déjà été fait allusion) (p. 181), attestent ce commerce. Nous retrouvons aussi dans toutes les langues italiques le mot thesaurus, évidemment emprunté au θησαυρός de l’oracle delphique. Enfin, il n’est pas jusqu’à l’antique forme latine du nom d’Apollon (Aperta, celui qui ouvre, fait savoir), qui ne soit une dérivation et une dégénérescence de l’Apellôn des Doriens, et dont l’archaïsme ne se trahisse par sa barbarie même.

Les dieux des navigateurs, Castor et Polydeukès, le Pollux des Romains ; Hermès, le dieu du commerce, qui

  1. Sors, de serere, enfiler. Les sorts n’étaient, dans l’origine, qu’une série de petites tailles de bois, enfilées d’un cordon, et qui, jetées à terre, tombaient en décrivant diverses figures, à peu près comme les Runes scandinaves.