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RELIGION

chrétienne. Il a fallu, pour faire jaillir l’étincelle créatrice, le transport des dogmes religieux de l’Aramée sur le sol fécond de la culture indo-européenne. Mais si la Hellade est restée le prototype de l’humanisme pur, le Latium sera à toujours le prototype de la nationalité. Quant à nous, enfants du monde moderne, nous devons les honorer tout les deux, et en tirer d’efficaces enseignements.

Cultes étrangers.Nous avons esquissé le tableau de la religion romaine dans la pureté native de ses dogmes et dans son libre et populaire progrès. Elle reçut, d’ailleurs, dès les temps les plus anciens, mais sans avoir à en souffrir dans son caractère propre, un certain nombre d’importations provenant des cultes et des dogmes étrangers. De même la communication du droit de cité à certains régnicoles venus de loin, ne fit jamais tort à l’État. Rome, cela va de soi, échangea tout d’abord avec les Latins ses dieux en même temps que ses marchandises ; mais ce qui nous frappe davantage, c’est l’immigration des dieux et des cultes appartenant à des peuples de races non apparentées. Nous avons mentionné déjà les rites sabins des Titiens (p. 227) : qu’il soit venu à Rome quelques dogmes étrusques, c’est ce qui paraît douteux : les Lases ou bons Génies, sous leur nom le plus ancien (Lases, cf. lascivus), et la Minerve (Minerva), déesse de la mémoire (mens, menervare), qu’on suppose souvent importés de la Toscane, semblent bien plutôt indigènes, selon les données linguistiques. Quoi qu’il en soit, aucun culte étranger n’a trouvé faveur à Rome autant et aussitôt que celui de la Grèce. C’est là un fait historique incontestable, et qui, d’ailleurs, se confirme par tout ce que nous savons des rapports existant entre les deux contrées. Les oracles helléniques en furent la première occasion. Les divinités romaines ne parlaient que par brèves sentences, par oui et par non, ou n’annonçaient leurs vo-