Page:Montaigne - Essais, Éd de Bordeaux, 2.djvu/64

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


au mouvement. On eust dict que c’estoient des hommes de fer : car ils avoient des accoustremens de teste si proprement assis, et representans au naturel la forme et parties du visage, qu’il n’y avoit moyen de les assener que par des petits trous ronds, qui respondoient à leurs yeux, leur donnant un peu de lumiere, et par des fentes, qui estoient à l’endroict des naseaux, par où ils prenoyent assez malaisément haleine,

Flexilis inductis animatur lamina membris,
Horribilis visu, credas simulacra moveri
Ferrea, cognatóque viros spirare metallo.
Par vestitus equis, ferrata fronte minantur,
Ferratosque movent securi vulneris armos.

Voila une description, qui retire bien fort à l’equippage d’un homme d’armes François, à tout ses bardes.

Plutarque dit que Demetrius fit faire pour luy, et pour Alcinus, le premier homme de guerre qui fut aupres de luy, à chacun un harnois complet du poids de six vingts livres, là où les communs harnois n’en pesoient que soixante.


Des livres
Chap. X


JE ne fay point de doute, qu’il ne m’advienne souvent de parler de choses, qui sont mieux traictées chez les maistres du mestier, et plus veritablement. C’est icy purement l’essay de mes facultez naturelles, et nullement des acquises : Et qui me surprendra d’ignorance, il ne fera rien contre moy : car à peine respondroy-je à autruy de mes discours, qui ne m’en responds point à moy, ny n’en suis satisfaict. Qui sera en cherche de science, si la pesche où elle se loge : il n’est rien dequoy je face moins de profession. Ce sont icy mes fantasies, par lesquelles je ne tasche point à donner à connoistre les choses, mais moy : elles