Page:Montaigne - Essais, Éd de Bordeaux, 3.djvu/107

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quoties nos descendentis arenae Vidimus in partes, ruptaque voragine terrae Emersisse feras, et iisdem saepe latebris Aurea cum croceo creverunt arbuta libro. Nec solum nobis silvestria cernere monstra Contigit, aequoreos ego cum certantibus ursis Spectavi vitulos, et equorum nomine dignum, Sed deforme pecus. Quelquefois on y a faict naistre une haute montaigne plaine de fruitiers et arbres verdoyans, rendans par son feste un ruisseau d’eau, comme de la bouche d’une vive fontaine. Quelquefois on y promena un grand navire qui s’ouvroit et desprenoit de soy-mesmes, et, apres avoir vomy de son ventre quatre ou cinq cens bestes à combat, se resserroit et s’esvanouissoit, sans ayde. Autres-fois, du bas de cette place, ils faisoyent eslancer des surgeons et filets d’eau qui rejalissoyent contremont, et, à cette hauteur infinie, alloyent arrousant et embaumant cette infinie multitude. Pour se couvrir de l’injure du temps, ils faisoient tendre cette immense capacité, tantost de voiles de pourpre labourez à l’eguille, tantost de soye d’une ou autre couleur, et les avançoyent et retiroyent en un moment, comme il leur venoit en fantasie

Quamvis non modico caleant spectacula sole,
Vela reducuntur, cum venit Hermogenes.

Les rets aussi qu’on mettoit au devant du peuple, pour le defendre de la violence de ces bestes eslancées, estoyent tyssus d’or :

auro quoque torta refulgent
Retia.

S’il y a quelque chose qui soit excusable en tels excez, c’est où l’invention et la nouveauté fournit d’admiration, non pas la despence. En ces vanitez mesme nous descouvrons