Page:Montesquieu - Esprit des Lois - Tome 2.djvu/134

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


il y a des livres qui sont entre les mains de tout le monde, auxquels il doit lui-même se conformer. En vain un empereur voulut-il les abolir, ils triomphèrent de la tyrannie.

CHAPITRE IX. De la tolérance en fait de religion.

NOUS sommes ici politiques, & non pas théolo- giens : &, pour les théologiens mêmes, il y a bien de la différence entre tolérer une religion & l’approuver. Lorsque les loix d’un état ont cru devoir souffrir plu- sieurs religions, il faut qu’elles les obligent aussi à se tolérer entre elles. C’est un principe, que toute reli- gion, qui est réprimée, devient elle-même réprimante : car, si-tôt que, par quelque hazard, elle peut sortir de l’oppression, elle attaque la religion qui l’a réprimée, non pas comme une religion, mais comme une tyrannie. Il est donc utile que les loix exigent de ces diverses religions, non-seulement qu’elles ne troublent pas l’état, mais aussi qu’elles ne se troublent pas entre elles. Un citoyen ne satisfait point aux loix, en se contentant de ne pas agiter le corps de l’état ; il faut encore qu’il ne trouble pas quelque citoyen que ce soit.

CHAPITRE X, Continuation du même sujet.

COMME il n’y a gueres que les religions intoléran- tes qui aient un grand zèle pour s’établir ailleurs, parce qu’une religion qui peut tolérer les autres ne songe gue- res à sa propagation ; ce sera une très-bonne loi civile.