Page:Montesquieu - Esprit des Lois - Tome 2.djvu/138

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ceux qui font dans cette erreur si pardonnable, de croire que dieu aime encore ce qu’il a aimé (a). Si vous êtes cruels à notre égard, vous l’êtes bien plus à regard de nos enfans ; vous les faites brûler, parce qu’ils suivent les inspirations que leur ont données ceux que la loi naturelle & les loix de tous les peuples leur apprennent à respecter comme des dieux. Vous vous privez de l’avantage que vous a donné sur les mahométans la manière dont leur religion s’est établie. Quand ils se vantent du nombre de leurs fidèles, vous leur dites que la force les leur a acquis, & qu’ils ont étendu leur religion par le fer : pourquoi donc établissez- vous la vôtre par le feu ? Quand vous voulez nous faire venir à vous, nous vous objectons une source dont vous vous faites gloire de descendre. Vous nous répondez que votre religion est nouvelle, mais qu’elle est divine ; & vous le prouvez parce qu’elle s’est accrue par la persécution des païens & par le sang de vos martyrs : mais aujourd’hui vous prenez le rôle des Dioclétiens, & vous nous faites pren- dre le vôtre. Nous vous conjurons, non pas par le dieu puissant que nous servons vous & nous, mais par le Christ que vous nous dites avoir pris la condition humaine pour vous proposer des exemples que vous puissiez suivre ; Nous vous conjurons d’agir avec nous comme il agiroit lui-même, s’il étoit encore sur la terre. Vous voulez que nous soyons chrétiens, & vous ne voulez pas l’être. Mais, si vous ne voulez pas être chrétiens, soyez au moins des hommes : traitez nous comme vous se- riez, si, n’ayant que ces foibles lueurs de justice que la nature nous donne, vous n’aviez point une religion pour vous conduire, & une révélation pour vous éclairer. Si le ciel vous a assez aimés pour vous faire voir la vérité, il vous a fait une grande grâce : mais est-ce aux

(a) C’est la source de l’aveuglement des Juifs, de ne pas sentir que l’économie de l’évangile est dans l’ordre des desseins de dieu ; & qu’ainsi elle est une suite de son immutabilité même.